Formateur en langues: quel statut?

15 juin 2013

A l’heure où le gouvernement envisage de modifier le statut d’auto-entrepreneur sous la pression de certains artisans mécontents de la distorsion de concurrence créée selon eux par ce statut, il convient ici de rappeler que bon nombre de formateurs en langues ont opté pour ce système et risquent fort d’être impactés brutalement par cette réforme.
En effet, le statut d’auto-entrepreneur permet à un professeur/formateur n’ayant pas trouvé de poste en CDI dans une école ou université ou ne souhaitant pas s’engager dans cette voie, de s’orienter vers la formation professionnelle avec la possibilité de multiplier les missions auprès de divers centres de formation (généralistes ou spécialisés dans les langues comme VIAS) mais aussi auprès de particuliers. Ce cadre a offert la possibilité à ces formateurs en langues (bien souvent « native speakers » c’est-à-dire étrangers, un vrai plus au niveau pédagogique mais un vrai moins à l’heure d’affronter la complexité de notre chère bureaucratie) de gagner en expérience, en autonomie et de se professionnaliser. Une démarche saine et constructive, aux antipodes des CDD d’usage (contrats sans temps de travail fixe ni durée maximale, ni indemnités ni garanties…bref, le pire du CDI et du CDD réunis!) et du travail au noir qui étaient jusqu’alors la règle.
Avec les pistes de réforme évoquées ces derniers jours, (notamment une limitation du chiffre d’affaires avec un seuil à ne pas dépasser sous peine de devoir basculer vers une création d’entreprise plus classique) ce statut pourrait ne plus être viable sur le long terme pour un formateur souhaitant enseigner sa langue maternelle de manière professionnelle et indépendante.

Chez VIAS, nous avons choisi de travailler avec des formateurs auto-entrepreneurs pour plusieurs raisons:
- nous proposons des missions courtes et irrégulières, impossible donc de proposer un CDD ou un CDI avec un temps de travail fixe et une durée déterminée. (et nous sommes bien évidemment opposés au CDD d’usage…)
- c’est la garantie de la motivation et de l’implication du formateur, qui a choisi ce travailet ne le fait pas « par défaut » en attendant autre chose. (rien de pire qu’un professeur qui n’est pas lui-même passionné par ce qu’il est censé transmettre!)
- certaines missions proposées demandent plus de temps de préparation pédagogique que d’autres (anglais professionnel dans le secteur immobilier, stage d’espagnol en groupe, préparation d’examen ou certification…), le temps de déplacement peut aussi fortement varier, et le principe des honoraires permet de moduler la rémunération en fonction de ces critères.
- le secteur de la formation professionnelle demande énormément de réactivité et de capacité d’adaptation, car chaque entreprise va avoir des besoins différents, tant au niveau du contenu pédagogique que de la simple logistique (sessions dans les locaux ou en centre de formation, sur ou hors temps de travail, en individuel ou en groupe, en intra ou en inter-entreprises…) Rien de tel pour cela qu’un formateur qui a choisi un cadre indépendant et verra chaque formation comme un nouveau challenge, et non comme un changement déstabilisant de sa routine ou de ses habitudes de travail.
- l’enchaînement de missions différentes sans cadre imposé oblige justement le formateur à se remettre en cause et à faire évoluer constamment sa méthodologie de travail, c’est le fait d’être en mouvement qui va l’inciter à innover en termes de pédagogie et à proposer à ses élèves des cours variés (supports audio, vidéo, articles d’actualité, prise en compte des centres d’intérêt, dynamique de groupe le cas échéant…) à mille lieux du métro/boulot/dodo de l’apprentissage que nous avons tous connu un jour: leçon théorique/exercice d’application/corrigé punitif.

Sans une réforme profonde de la formation professionnelle (celle de 2009 n’est pas encore complètement digérée…) et de manière plus générale une vraie remise à plat de l’enseignement des langues depuis le collège, ce statut d’auto-entrepreneur reste le cadre le plus adapté pour un formateur en langues devant organiser lui-même son emploi du temps et ses revenus en jonglant entre les missions et les centres de formation.

Espérons que les modifications à venir ne les empêcheront pas de continuer à créer et à partager.